Lundi 21 juillet 2008
Bonsoir... (voix sensuelle au portable)
Suite à une plainte formulée au sujet du concours qui a tenu en haleine tous les lecteurs de ce blog (rappelez-vous! la citation-mystère), la rédaction (qu'écris-je! la Rédaction) déclare qu'un autre concours suivra bientôt, pour le plus grand bonheur des petits et grands.
Suite à une remarque mesquine de M.Rouy (sur mon wall facebook, j'ai honte) : non, non, et non. Je ne râle pas. Faire preuve de second degré ne signifie pas être de mauvaise humeur : ça m'amuse, ça plaît aux femmes, ça protège la couche d'ozone et ça sauve les bébés phoques.
Je ne râle pas.
Pour vous le prouver, nous allons de ce pas (hum) parler d'un sujet d'intérêt général : le code de la route marocain, ou plutôt son absence. Et, je vous promets de tâcher de rester léger, malgré ma lecture du Dahlia Noir et des visions de tôle froissée que suscite en moi ce genre de sujet.
Entamons les hostilités (ça commence bien...).
Chiffrons le désastre*
Taux de Motorisation pour 1000 habitants : 587 en France, 65 au Maroc.
Nombre moyen de tués par an : 7654 en France, 3894 au Maroc.
Rapide calcul : les Marocains rejoignent Allah 4,5 fois plus souvent que les Français ne rejoignent Jean-Paul II.
Quand on imagine le nombre d'accidents que ça représente, on se dit que le Maroc représente un sacré marché automobile (d'occasion), avec un taux de turn-over élevé (pour peu que la demande soit solvable...). Qu'on pourrait résoudre la question du chômage en engageant des urgentistes (qui conduisent prudemment). Et que le problème de la minéralisation rapide de l'humus en milieu aride ne se pose pas aux abords des routes et des cimetières.
Restons légers. Trouvons des boucs émissaires.
Expression amusante dans le contexte d'ailleurs, parce-que ledit bouc émissaire se faisait balancer du haut d'une falaise. Et j'ai une mauvaise nouvelle : d'après mes estimations, il n'est pas loin d'y avoir 30 millions de responsables au Maroc (méthodologie de calcul en annexe, prochainement).
En tête de liste : les innombrables Policiers, Gendarmes Royaux et Auxiliaires de Sécurité. Qui perdraient un peu de leur ventre s'ils se bougeaient enfin, et qui gagneraient un peu de respect de la population s'ils arrêtaient de toucher des bakchichs.
Digression : le Bakchich**
Bakchich = corruption institutionnalisée et érigée en style de vie. Cancer du Sida de l'état de droit. Aussi indissociable du Maroc que la connerie à l'état brute de TF1. Le bakchich est LA solution à tous les problèmes que des imbéciles ont mis sur le chemin du Vertueux sous prétexte d'intérêt général.
Cette solution miracle concerne donc, en vrac : le paiement des impôts, les pièces justificatives d'ordre mineure (Visa...), les appels d'offres, les contrôles techniques, les contraventions. Elle s'applique partout et de tout temps, quasiment à tous (et probablement même aux imbéciles qui ont rendu cette solution nécessaire). Elle se pratique dans la seule internationalement parlée, et consiste à simplifier ses relations avec une tierce personne potentiellement en position de vous broyer administrativement l'entre-jambe.
Bref, pour 50 à 100 dirhams, en fonction de la gravité de la bévue routière et votre look, le garant de l'Ordre oubliera de vous coller une contravention (qu'il n'était pas forcément en mesure de rédiger d'ailleurs), d'enrichir les caisses de l'Etat. Utile dans un contexte où le Salaire Minimum Agricole "s'élève" à 1500 dh, et la prune pour léger excès de vitesse à 400dh.
Conseil si vous roulez au Maroc : respectez la loi, ou munissez vous de liquide.
Restons légers. Listons les comportements à risque.
Je vous rassure, cette liste sera non exhaustive. En bref :
- la petite ligne blanche n'existe pas : au Maroc, force est de constater qu'une grande partie des usagers de la route est composée de daltoniens. Qui ne distinguent pas la ligne continue du bitume sur lequel ils vont laisser leur visage. Cf. 144 000.
- les limitations de vitesse n'engagent que ceux qui y croient : les conducteurs semblent s'en moquer autant que Gautier de P.Y., et Alexandra de Jean-Robert Dubois Meury (double private joke). Ce qui est beige allant plus vite, ce sont les taxis qui ont le plus tendance à écraser le champignon. Le taxi qui m'a ramené d'Agouim avait par exemple remplacé le compteur de vitesse par une horloge. Ce qui minimisait effectivement ses chances d'arriver en retard à un rendez-vous.
- c'est dans les vieux véhicules qu'ont fait les meilleurs accidents : les camions qui circulent sont souvent des Berliet, une marque française qui a fait faillite. Les petits taxis -petit format- sont des Peugeot 205 (ouch) qui ne passeraient pas le contrôle technique en France (n'en jetez plus). Les petits taxis -grand format- sont des Mercedes, ce qui devrait nous rassurer. Le fait que le symbole de la marque soit très souvent remonté à l'envers sur la calandre laisse malheureusement imaginer les pires bricolages.
- le crash est pavé des meilleures intentions : paver, goudronner, faudrait justement qu'ils s'y mettent. Le rythme actuel de construction des autoroutes est de 80 km/an***. Ce qui implique qu'un automobiliste n'a que 36 minutes pour admirer le travail d'une année de Direction de l'Equipement. S'il respecte les limitations de vitesse.
- la place du mort porte bien son nom : la ceinture de sécurité est vue comme un élément décoratif. La demander est l'assurance de recevoir un sourire condescendant et amusé. C'est ça, un moment Nutella.
Conclusion : Marocain au volant, danger au tournant.
Conclusion 2 : si vous en voulez à votre belle-mère, faites la voyager en taxi au Maroc.
Conclusion 3 : cette semaine, je me fais une cure de Bisounours, et je vous reviens tout frais et sous laudanum dimanche prochain (ma cure jour par jour sur Facebook).
Bonne semaine...
* source : Bilan Décennal des Accidents de la Circulation au Maroc (1995-2004).
** le temps passé ne s'achète pas. Pour tout le reste, il y a EuroCard MasterCard.
*** source : quotidien marocain l'Opinion, c'est-à-dire Mohammed VI en personne.
Suite à une plainte formulée au sujet du concours qui a tenu en haleine tous les lecteurs de ce blog (rappelez-vous! la citation-mystère), la rédaction (qu'écris-je! la Rédaction) déclare qu'un autre concours suivra bientôt, pour le plus grand bonheur des petits et grands.
Suite à une remarque mesquine de M.Rouy (sur mon wall facebook, j'ai honte) : non, non, et non. Je ne râle pas. Faire preuve de second degré ne signifie pas être de mauvaise humeur : ça m'amuse, ça plaît aux femmes, ça protège la couche d'ozone et ça sauve les bébés phoques.
Je ne râle pas.
Pour vous le prouver, nous allons de ce pas (hum) parler d'un sujet d'intérêt général : le code de la route marocain, ou plutôt son absence. Et, je vous promets de tâcher de rester léger, malgré ma lecture du Dahlia Noir et des visions de tôle froissée que suscite en moi ce genre de sujet.
Entamons les hostilités (ça commence bien...).
Chiffrons le désastre*
Taux de Motorisation pour 1000 habitants : 587 en France, 65 au Maroc.
Nombre moyen de tués par an : 7654 en France, 3894 au Maroc.
Rapide calcul : les Marocains rejoignent Allah 4,5 fois plus souvent que les Français ne rejoignent Jean-Paul II.
Quand on imagine le nombre d'accidents que ça représente, on se dit que le Maroc représente un sacré marché automobile (d'occasion), avec un taux de turn-over élevé (pour peu que la demande soit solvable...). Qu'on pourrait résoudre la question du chômage en engageant des urgentistes (qui conduisent prudemment). Et que le problème de la minéralisation rapide de l'humus en milieu aride ne se pose pas aux abords des routes et des cimetières.
Restons légers. Trouvons des boucs émissaires.
Expression amusante dans le contexte d'ailleurs, parce-que ledit bouc émissaire se faisait balancer du haut d'une falaise. Et j'ai une mauvaise nouvelle : d'après mes estimations, il n'est pas loin d'y avoir 30 millions de responsables au Maroc (méthodologie de calcul en annexe, prochainement).
En tête de liste : les innombrables Policiers, Gendarmes Royaux et Auxiliaires de Sécurité. Qui perdraient un peu de leur ventre s'ils se bougeaient enfin, et qui gagneraient un peu de respect de la population s'ils arrêtaient de toucher des bakchichs.
Digression : le Bakchich**
Bakchich = corruption institutionnalisée et érigée en style de vie. Cancer du Sida de l'état de droit. Aussi indissociable du Maroc que la connerie à l'état brute de TF1. Le bakchich est LA solution à tous les problèmes que des imbéciles ont mis sur le chemin du Vertueux sous prétexte d'intérêt général.
Cette solution miracle concerne donc, en vrac : le paiement des impôts, les pièces justificatives d'ordre mineure (Visa...), les appels d'offres, les contrôles techniques, les contraventions. Elle s'applique partout et de tout temps, quasiment à tous (et probablement même aux imbéciles qui ont rendu cette solution nécessaire). Elle se pratique dans la seule internationalement parlée, et consiste à simplifier ses relations avec une tierce personne potentiellement en position de vous broyer administrativement l'entre-jambe.
Bref, pour 50 à 100 dirhams, en fonction de la gravité de la bévue routière et votre look, le garant de l'Ordre oubliera de vous coller une contravention (qu'il n'était pas forcément en mesure de rédiger d'ailleurs), d'enrichir les caisses de l'Etat. Utile dans un contexte où le Salaire Minimum Agricole "s'élève" à 1500 dh, et la prune pour léger excès de vitesse à 400dh.
Conseil si vous roulez au Maroc : respectez la loi, ou munissez vous de liquide.
Restons légers. Listons les comportements à risque.
Je vous rassure, cette liste sera non exhaustive. En bref :
- la petite ligne blanche n'existe pas : au Maroc, force est de constater qu'une grande partie des usagers de la route est composée de daltoniens. Qui ne distinguent pas la ligne continue du bitume sur lequel ils vont laisser leur visage. Cf. 144 000.
- les limitations de vitesse n'engagent que ceux qui y croient : les conducteurs semblent s'en moquer autant que Gautier de P.Y., et Alexandra de Jean-Robert Dubois Meury (double private joke). Ce qui est beige allant plus vite, ce sont les taxis qui ont le plus tendance à écraser le champignon. Le taxi qui m'a ramené d'Agouim avait par exemple remplacé le compteur de vitesse par une horloge. Ce qui minimisait effectivement ses chances d'arriver en retard à un rendez-vous.
- c'est dans les vieux véhicules qu'ont fait les meilleurs accidents : les camions qui circulent sont souvent des Berliet, une marque française qui a fait faillite. Les petits taxis -petit format- sont des Peugeot 205 (ouch) qui ne passeraient pas le contrôle technique en France (n'en jetez plus). Les petits taxis -grand format- sont des Mercedes, ce qui devrait nous rassurer. Le fait que le symbole de la marque soit très souvent remonté à l'envers sur la calandre laisse malheureusement imaginer les pires bricolages.
- le crash est pavé des meilleures intentions : paver, goudronner, faudrait justement qu'ils s'y mettent. Le rythme actuel de construction des autoroutes est de 80 km/an***. Ce qui implique qu'un automobiliste n'a que 36 minutes pour admirer le travail d'une année de Direction de l'Equipement. S'il respecte les limitations de vitesse.
- la place du mort porte bien son nom : la ceinture de sécurité est vue comme un élément décoratif. La demander est l'assurance de recevoir un sourire condescendant et amusé. C'est ça, un moment Nutella.
Conclusion : Marocain au volant, danger au tournant.
Conclusion 2 : si vous en voulez à votre belle-mère, faites la voyager en taxi au Maroc.
Conclusion 3 : cette semaine, je me fais une cure de Bisounours, et je vous reviens tout frais et sous laudanum dimanche prochain (ma cure jour par jour sur Facebook).
Bonne semaine...
* source : Bilan Décennal des Accidents de la Circulation au Maroc (1995-2004).
** le temps passé ne s'achète pas. Pour tout le reste, il y a EuroCard MasterCard.
*** source : quotidien marocain l'Opinion, c'est-à-dire Mohammed VI en personne.